Papy, je ne suis pas arrivé à temps de Guyane pour te voir, et te dire ces mots, alors je vais essayer de le faire ici.
Je vais avoir du mal avec la conjugaison, car j’ai du mal à réaliser que bien après les 100 ans que tu as passés, tu sois parti en quelques jours.
Pour t’avoir observé durant ces 30 dernières années, je dirai que la recette pour atteindre 100 ans avec toute sa tête c’est, l’exigence, des choses cadrées, de l’activité tous les jours ; que ce soit de la mécanique, du bricolage, la tonte du jardin, la belote avec les amis, les sorties en ville chaque matin pour acheter le pain, et le journal, ajouté à cela un soupçon de tiercé et de jeux à gratter, de l’humour, de la joie, de la force, du courage, un zeste de râlerie, parce que les petits enfants ont détraqué l’ordinateur et surtout beaucoup d’amour.
Je te taquine comme on l’a toujours fait ensemble, mais les mots à retenir sont : je t’aime et je t’admire
Parce que la plupart des ingrédients que je viens de citer, tu es capable de les faire jusqu’à il y n’y a pas si longtemps, bien après tes 98 ans. Beaucoup de monde rêve de cette recette. Tu ne t’en rendais pas compte.
Alors oui, on te taquinait par rapport à l’ordinateur mais pour te dire la vérité, et de un, ce n’était pas nous, et de deux c’était de l’admiration. Jamais je n’aurais été capable, à 90 ans, d’apprendre à me servir de l’ordinateur aussi bien que toi, de
« face de book » (« face de bouc ») ou de skype.
Certains d’entre vous, avez d’ailleurs peut-être reçu un message, un commentaire ou un mail qui ne vous était pas adressé, c’était l’apprentissage.
Nos appels visio sur skype, c’était, comme dit mamie « ton petit bonheur », mais c’était également le mien. Te voir, et t’écouter blaguer me remplissait d’énergie et de joie instantanément. Ce dernier appel a été plus difficile, tu sentais que la fin approchait, mais nous avons quand même réussi à blaguer. Cela était ta force.
Alors nous ne sommes pas très bavards au niveau des sentiments dans la famille, mais, en même temps, il n’y a pas besoin de mots pour voir l’amour qui y règne.
Il suffisait de s’asseoir dans la maison et vous regarder avec mamie pour le voir. Admirer votre complémentarité, vos sourires, vos bisous, vos attentions l’un envers l’autre, votre communication d’un simple regard et votre complicité. Tous ces points qui ont fait de vous un exemple pour nous.
L’amour avec un grand A que vous nous avez transmis et donné à tous
Merci
Alors, j’aurais, on aurait encore beaucoup de choses à te dire, à vous raconter sur notre petit papy, des anecdotes il y en a beaucoup, et de très drôles à partir de 90 ans ; comme la fois où, à 92 ans, il a mis un escabeau à côté du grillage, pour enjamber le grillage ; bien sûr derrière, il y a eu réception et chute. Ou la fois, il n’y a pas si longtemps que ça, mamie a malencontreusement chuté sur la terrasse, pendant que papy se reposait sur son fauteuil, avec les jambes relevées. Dès qu’il a entendu mamie chuter, il a oublié son âge, il a sauté du fauteuil pour aller sauver mamie, il est lui-même tombé. On aurait beaucoup de choses à raconter encore, mais je vais clôturer ce discours, en joignant mon frère et mes cousins, à ces derniers mots
Papy on t’aime et tu vas nous manquer